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L’éthique des fonds souverains - Travail de groupe 2008


Membres du groupe : AHDACH Meriem - ANDRIEUX Philippe - BINARD Antoine - BIUMA BEYA Gisèle - OKITADIOWO Ongenda - MARLAIRE Jean-François - MARTYNOVA Taisija - RIFAUT Grégoire - RIMBERT Amandine - SIPOVIC Marija

Résumé du travail

La création de fonds souverains n’est pas récente et pourtant elle est au cœur de tout débat financier, notamment en raison de l’importance croissante de leur capitalisation boursière s’élevant à près de 2,500 milliards de dollars fin 2007. Ces fonds d’investissement détenus principalement par des Etats producteurs de matières premières (Emirats Arabes Unis 875 milliards, Norvège 380 milliards) pourraient voir leur valeur quintupler d’ici 5 ans atteignant ainsi 12,5 billions de dollars si le marché des matières premières reste aussi élevé. La raison d’être de la création de tels fonds se veut une réponse aux deux grandes préoccupations de ces états qui sont la stabilisation et la diversification de leurs revenus afin, entre autres, de mettre en place une rente intergénérationnelle. Ces fonds, à la recherche de rendement plus important que n’offrent les bons du trésor, investissent dès lors sur les marchés boursiers.
Cependant, ces mécanismes sont à mettre en lien avec le devoir d’un Etat envers ses citoyens, d’où l’émergence de polémiques concernant le renouveau de l’implication de l’Etat dans l’économie ou encore le risque encouru par une nation avec l’argent de ses citoyens.

Actuellement, le débat principal oppose ces fonds aux grandes nations occidentales réfractaires car elles y voient un outil stratégique utilisé par les pays en développement, permettant la prise de contrôle de certaines entreprises dites ‘‘sensibles’’. Les institutions internationales sont donc appelées à émettre leur opinion au sujet d’une quelconque réglementation. Malgré de nombreux avis d’économistes encourageant ces fonds à investir en Europe et aux Etats-Unis, les représentants politiques reprochent à ces fonds un manque de transparence dans leurs décisions d’investissement. Certaines réactions protectionnistes apparaissent déjà aux Etats-Unis ou en Allemagne avec le renforcement de barrières politiques contre ces investissements étrangers.
La réalité demeure pourtant bien loin de ces craintes impérialistes. La grande majorité de ces fonds ne prend que des parts minoritaires gérées passivement. La Norvège est d’ailleurs souvent prise pour modèle grâce à sa conduite exemplaire en matière de transparence malgré l’apparition de certains effets inattendus suite à la cession de ses participations dans plusieurs entreprises. De plus, les quelques tentatives de prise de participations stratégiques passées ont été fortement critiquées et inefficaces.

A ce jour, beaucoup d’interrogations subsistent concernant la réelle rentabilité de ces fonds en raison du faible nombre d’études empiriques publiées sur les bénéfices sociaux de ces fonds, en lieu et place d’investissements que ces Etats auraient pu mener sur leur sol ou encore concernant le cadre déontologique que l’on pourrait voir apparaître pour contrôler toute dérive politique.

Conclusions

Plus que jamais, le doute et l’inquiétude règnent autour des fonds souverains et risquent de prendre de l’ampleur dans le sens où l’on sait pertinemment que leur poids aussi bien en termes économiques qu’en termes de rôle politique va continuer de croître dans les années à venir.
Notre réflexion s’est attelée à comprendre la raison concrète de toutes les craintes exprimées envers les fonds.
Responsabilité et morale. Voilà la réelle problématique que soulèvent les fonds souverains au travers des évènements récents. Qu’il s’agisse de questionnements relatifs au rôle de l’Etat (avec notamment l’exemple du retour du néoprotectionnisme en Occident et la problématique de la régulation de l’économie), ou encore d’interrogations quant à la décentralisation du monde économique vers les pays d’Asie et du Moyen-Orient et bien sûr des problèmes liés aux stratégies politiques cachées derrière de soi-disant investissements internationaux, tout nous ramène à une question de comportement éthique entre acteurs du monde entier. Peu de scrupules, dérives non-éthiques, malhonnêteté vis-à-vis des citoyens et toujours la recherche du pouvoir et du profit… Ce ne sont pas que les fonds souverains qui manquent d’éthique, mais aussi les idées que ceux-ci génèrent dans les esprits des politiciens et grands acteurs économiques.

Reste aux nations de déterminer leur stratégie autant d’un point de vue économique que du point de vue de leur réputation et de leurs idéaux. Suivre l’exemple de la Norvège et mettre en place toute une série d’efforts que nous appellerons « éthiques » (chose aisée lorsque les placements sont peu influents sur le marché) ou adopter la méthode des fonds plus offensifs qui n’hésitent pas à investir lourdement dans certaines entreprises, dévoilant ainsi les intérêts davantage politiques qu’économiques ? C’est précisément ce risque de prise de contrôle qui fait réagir de nombreux acteurs du monde politique. Pourtant il est plutôt malvenu de prôner l’idée que politique et finance doivent rester deux choses bien distinctes lorsque l’on menace soi-même d’utiliser son fonds de pension pour protéger les entreprises nationales… Des discours qui révèlent encore une fois l’ambiguïté flagrante de la situation.
Par le biais d’une analyse consacrée à de simples outils économiques modernes tels que les fonds souverains, nous sommes ainsi amenés à réfléchir sur notre société, sur ses valeurs et ses comportements. Même si beaucoup tentent de justifier leurs pratiques offensives sous couvert de la mondialisation et de la nécessité de protéger les intérêts nationaux, on remarque une fois de plus qu’à notre époque, une grande partie des échanges et des relations jouent sur l’hypocrisie, sur l’ambiguïté et sur les jeux de pouvoir. Pourtant lorsque l’on observe le revers de la médaille, on parle d’éthique comme d’une nouvelle mode, adoptée et surexposée avec désinvolture par les entreprises internationales, dans le but de donner un caractère « dans le vent » et « responsable » aux entreprises, mais au fond, peu d’entre elles se consacrent réellement à l’application de leurs beaux discours.

Pour conclure concernant l’attitude à adopter face aux fonds souverains, le débat reste actuellement ouvert. Doit-on les réglementer, leur imposer de s’accommoder d’un code de bonne conduite ou laisser le marché libre ? Si ce n’est pas le cas, à qui confier la compétence de le surveiller ? De nos jours, rien n’est dénué d’intérêt, du moins dans les relations entre 36 acteurs internationaux, alors comment se faire confiance ? Tant de questionnements qui restent en suspens pour le moment, même si une certaine pression se fait ressentir, d’autant plus que certains accentuent volontiers le climat de méfiance et d’inquiétude déjà présent autour des fonds spéculatifs. Les opinions de chacun quant à ces fonds sont variées : réactions défensives et offensives, réactions de peur et de méfiance, réactions d’intérêt et d’interrogation… Certains acteurs de leur côté ne s'inquiètent guère de l'arrivée de ces nouveaux investisseurs et moquent les craintes exagérées des politiques. Dans tous les cas, une conclusion générale pourrait être qu’il est encore trop tôt pour identifier clairement les risques et anticiper l’avenir des ces nouveaux acteurs économiques, d’autant plus que l’information fait cruellement défaut. Après tout, si l’attention des médias se concentre tant sur les fonds souverains, c’est non seulement parce qu’ils sont apparus récemment et représentent de grosses sommes d’argent, mais surtout parce qu’ils restent encore méconnus de la plupart des citoyens.

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