Ethique et vie Privée des outils Web 2.0 (FaceBook, Linkedin,…) - Travail de groupe 2009 - ULB
Membres du groupe : Baccaert Maxime, Bakkali Samira, Bellens Nathalie, Cornet Yvain, Esposto Eléonore, Lebrun-Lambeau Adrien, Stevens Dorian, Wargnies Emmanuelle.
Résumé du travail
Le Web 2.0 est l’évolution récente des premiers services et applications du World Wide Web. Ce réseau informatique était au départ une collection de pages consultables par les internautes. Le flux d’informations circulait essentiellement de l’Internet vers l’utilisateur. Avec le temps, les techniques ont évolué et les besoins des utilisateurs ont changé. Le Web s’est orienté vers la génération active de contenu par les utilisateurs, rendant possible et aisée la création de réseaux sociaux. Ces réseaux permettent de rester en contact avec un proche, publier de la musique, éditer un profil virtuel, ou encore même, échanger des photos. La question de la protection de la vie privée et de la propriété des données se pose clairement, et fait l’objet de nombreux débats à ce jour.
D’un point de vue légal, il n’existe aucun organe législatif international dans ce domaine. Ainsi, le droit applicable peut être soit celui du pays de l’utilisateur, soit celui du pays auquel est destiné le site Web. La plupart des jugements sont basés sur des lois anciennes et représentent des cas de jurisprudence. Malgré les différences nationales, l’Union Européenne s’est dotée d’un Charte des Droits Fondamentaux, parmi lesquels la protection de la vie privée. Deux directives visent également à harmoniser la protection de la vie privée des citoyens européens. Cette initiative s’inscrit dans une volonté de renforcer les lois vis-à-vis des nouvelles technologies mais globalement, l’arsenal juridique aura toujours du retard sur les évolutions du Web.
Les problèmes liés à la vie privée se manifestent à travers différents aspects : le caractère public des données privées, la responsabilité de la publication de ces données, leur utilisation une fois entrées dans le domaine public, etc. Au premier abord, on pourrait considérer qu’il est du devoir de l’utilisateur de contrôler ce qu’il diffuse. C’est oublier le fait qu’Internet possède une mémoire : une information diffusée sur la Toile est rendue publique, et il devient alors difficile, voire impossible de revenir en arrière et d’empêcher d’autres utilisateurs d’utiliser ce contenu. De la même façon, on est en droit de se demander si les informations qu’un utilisateur de réseau social met en ligne doivent être cachées (voire même protégées) par défaut ou s’il faut considérer qu’il est de son devoir de s’assurer qu’elles le sont effectivement.
N’importe qui a le droit d’utiliser et diffuser une information déjà présente sur le Web, et la question de la vie privée se pose plus alors en termes de morale que d’éthique. Ce qui n’empêche pas ces questions éthiques d’être nombreuses et de poser autant de problèmes légaux, par exemple au niveau des conditions d’utilisation des sites de sociabilisation.
La responsabilité du contenu peut-être attribuée à différents acteurs : l’internaute « uploader », l’internaute « utilisateur», les intermédiaires et les sociétés du Web qui proposent des outils de mise en ligne. Chacun des acteurs peut être mis en cause dans la diffusion d’un contenu illégal et il convient dans le cas d’un litige d’identifier le maillon responsable : la personne qui propose le contenu, celle qui le fait vivre en le consultant, celle qui donne les moyens matériels de poser un acte illégal ou celle qui propose les outils de mise ligne. Dans le cas des sociétés, l’hébergement des informations et la possibilité d’un service minimum constituent un sujet à discussion, dans la mesure où la fermeture brutale d’un réseau social peut entraîner de lourdes conséquences pour ses utilisateurs.
Tous ces aspects posent des questions éthiques et légales que notre société se doit de débattre pour assurer au mieux la protection de la vie privée des internautes dans le futur.
Conclusions
Les outils du Web 2.0 ont fait d’Internet un village global interactif, participatif et social. Mais comme nous l’avons vu, l’heure actuelle est à l’éveil des consciences : de tous les côtés de la toile pointent désormais des cris d’alarme qui dénoncent les abus du Web 2.0. Le net se trouve désormais confronté à de nombreuses questions d’ordre éthique, que nous avons restreintes à la vie privée et à la responsabilité du contenu.
Les aspects juridiques
Dans un premier temps, notre réflexion en matière d’ « Ethique et vie privée des outils du Web 2.0 » nous a poussés à nous tourner vers les aspects juridiques. En effet, avant même d’envisager d’organiser et de systématiser les jugements portant sur les notions de Bien et de Mal, soit le propre de l’éthique, il nous semblait intéressant de distinguer ce qui était légalement autorisé de ce qui ne l’était pas, en matière de protection de la vie privée et de responsabilité du contenu. La nature même de village global de l’Internet nous a rapidement confrontés à notre première difficulté : la justice et le droit ne pourront nous être que d’un faible secours sur ces questions. Ces derniers sont en effet désarmés face aux nouveaux acteurs et à la nouvelle nature de l’Internet, désormais à l’ère du Web 2.0. L’idée nous est alors venue qu’il était peut-être désormais temps d’instaurer un tribunal international virtuel assurant une base commune des lois de l’Internet au travers des frontières. Quoi qu’in en soit, ces zones d’ombres juridiques amènent, elles aussi, leur lot de questions éthiques, comme nous le verrons plus loin.
La néthique et la nétiquette
Forts de cette première tentative, nous nous sommes ensuite tournés vers Internet lui-même pour y trouver un semblant d’éthique. Internet étant un lieu de réunion d’individus, comme dans toute communauté, des règles de bonnes conduites et autres conventions sociales ont rapidement fait leur apparition : c’est la nétiquette. Le passage au nouveau millénaire a été marqué par l’émergence des chartes éthiques au travers de la toile : la néthique débarquait alors. Nous avions peut-être trouvé là les réponses à nos questions éthiques… Mais une simple charte de ‘bonne conduite’ suffit-elle réellement ?
A nouveau, nous avons dû nous rendre à l’évidence : l’observation de nombreux comportements actuels nous prouve que pour la plupart, les internautes ne tiennent nullement compte de cette néthique.
Qui n’utilise pas Internet pour télécharger de façon illégale ? Qui utilise systématiquement Internet dans le respect et la considération d’autrui ? Nul n’est notre intention de jeter la première pierre à quiconque : nous remarquons simplement que les chartes néthiques semblent simplement faire office de décoration sur la toile.
Ainsi, notre réflexion éthique relative aux outils du Web 2.0 se devait d’aller plus loin, en tentant de réellement problématiser les questions que nous avions choisi d’aborder.
Les questions relatives à la vie privée
Dans un premier temps, nous avons abordé les questions relatives à la vie privée. Une réalité fondamentale nous est rapidement apparue : toute information disponible sur Internet sans protection fait partie du domaine public et peut faire l’objet d’une exploitation potentielle. Deux phénomènes nous ont particulièrement intéressés : la diffusion des données relatives à la vie privée et leur exploitation elle-même.
En matière de diffusion de données privées, nous avons dégagé deux grands principes : Chacun est responsable de ce qu’il diffuse et Chacun doit se méfier des autres. Trop souvent, les internautes oublient que la toile a sa mémoire et qu’Internet fait fi du droit à l’oubli. Est-ce Bien ? Est-ce Mal ? C’est, dirons-nous, la nature même d’Internet… et cela requiert un comportement responsable de la part de chaque internaute, vis-à-vis de lui-même mais également des autres. Suivant cette piste de réflexion, nous nous sommes ainsi très vite retrouvés confrontés à des questions non plus d’ordre éthique, mais moral. Toutefois, nous avions là, enfin, un premier élément : certes, Internet n’est pas toujours éthique avec nos données privées mais c’est à chaque internaute d’être en état de veille permanent, toujours proactif et réactif. Mais était-ce là le seul élément à retenir des questions relatives à la vie privée ?
En fait, en examinant les conditions des outils du Web 2.0, il nous est apparu comme évident qu’un manque de transparence est à l’origine de l’inconscience des internautes lorsqu’ils uploadent des données personnelles. Les conditions de confidentialité sont facilement disponibles mais leur complexité les rend difficilement accessibles à l’internaute lambda, trop intéressé à rejoindre le dernier réseau social à la mode et prêt à accepter n’importe quoi, même des conditions d’utilisation allant à l’encontre de ses droits fondamentaux. Car en effet, la plupart des outils du Web 2.0 se placent actuellement sous les lois des Etats-Unis d’Amérique, lesquelles, au contraire des lois Européennes, ne reconnaissent par exemple pas le droit à la vie privée. Ceci soulève donc une nouvelle question éthique, à qui la faute entre l’utilisateur qui ne lit pas les chartes, ou fournisseur de service qui ne les lui rend pas compréhensibles ? Dans un idéal éthique, les utilisateurs devraient être plus prudents, notamment en lisant les conditions d’utilisation auxquelles ils se soumettent et en utilisant les moyens qui leur sont mis à disposition pour configurer leur protection de confidentialité. Les outils du Web 2.0 devraient quant à eux, mieux faire connaître les conséquences d’une inscription, en les rendant notamment plus accessibles, s’assurant ainsi que les utilisateurs sont bien conscients de l’utilisation qui est faite de leurs données.
Cependant, force nous est de constater que les internautes du Web 2.0 sont désormais éduqués aux pratiques de leurs outils favoris. L’internaute averti est conscient du fait que ses réseaux sociaux chéris ont fait émerger un nouveau modèle de business, lequel repose sur l’analyse des profils et des comportements des utilisateurs pour les revendre à des annonceurs. Pourtant, en âme et conscience, bon nombre d’internautes rejoignent les réseaux sociaux et distribuent à la pelle leur vie privée.
Est-ce Bien ? Est-ce Mal ? En fait, cela peut paraitre paradoxal comme comportement mais… Pourquoi pas ? Après tout, ces nouveaux services du Web 2.0, offerts par des sociétés commerciales, sont simplement des services payables en nature, en données. L’utilisateur utilise et donc, il paie. In fine, à ce stade là, pour notre internaute averti, il n’y a pas de réel problème éthique qui se pose : c’est son choix personnel.
Les questions éthiques nous sont apparues en allant un stade plus loin dans notre réflexion. Aujourd’hui, pour savoir ce qu’il est dit de nous sur un réseau social, pour pouvoir contrôler notre e-réputation, nous sommes obligés d’être du réseau social et d’en donner ainsi encore davantage sur notre vie privée. Là, pour nous, la question éthique se pose inévitablement. Dans le même ordre d’idées, nous nous sommes rendu compte que désormais, le monde réel et le monde virtuel étaient plus que jamais intimement liés. Avoir une vie sociale virtuelle semble désormais être une condition nécessaire pour une vie sociale réelle. Ainsi, pour exister dans la réalité, il faut exister dans le virtuel mais exister dans le virtuel, c’est abandonner une partie de son existence. Mais où est l’éthique de la société dans tout cela ?
Ainsi, au fur et à mesure que nous avancions dans notre réflexion, nous avons vu poindre les questions éthiques.
La responsabilité en matière de contenu
Dans un second temps, nous nous sommes attaqués à la responsabilité en matière de contenu. Nous en sommes arrivés à la conclusion qu’in fine, chacun des acteurs de la chaîne alimentant les services du Web 2.0 peut se voir attribuer une part de responsabilité.
Légalement, seuls les intermédiaires sont exonérés de cette responsabilité afin de garantir la fourniture du service Internet qui est bénéfique pour tous. On peut en effet affirmer sans hésitation que l’Internet apporte plus de liens sociaux, économiques et culturels qu’il n’en brise, malgré l’ensemble des critiques qu’on peut y apporter. Ce nouveau mode de communication en pleine explosion permet, mieux que tout autre, d’échanger des informations. L’efficacité du système ne fait d’autre part qu’accentuer des phénomènes humains présents depuis toujours, comme par exemple le plagiat ou les possessions illégales.
Toutefois, force nous a été de constater que la nouvelle dimension contributive que les outils du Web 2.0 permettent désormais à l’Internet, nécessite d’y apporter des règles, lois et codes moraux afin de respecter les droits d’auteurs, brevets industriels et valeurs économiques réelles des biens. Ainsi, nous reconnaissons là encore que l’utilisation actuelle n’est pas optimale du point de vue éthique, mais que ce n’est pas pour autant qu’il faut totalement la condamner.
Approfondissant notre réflexion en matière de responsabilité des contenus, nous nous sommes également retrouvés confrontés à diverses questions éthiques. Ainsi, nous avons par exemple remarqué que la plupart des sociétés commerciales exploitant les services du Web 2.0 se réserve la pleine propriété des contenus et données uploadées par les utilisateurs mais se déchargent délibérément de toute responsabilité. Est-ce donc réellement éthique ?
Le mot de la fin
Toutes les bonnes choses ayant une fin, temps est désormais venu pour nous d’interrompre notre réflexion sur l’ « Ethique et la vie privée des outils du Web 2.0 ». Interrompre ne signifie pas clôturer : il reste encore tellement de questions à se poser…
Le concept de Web 2.0 a environ 2000 jours d’existence. Malgré ce tout jeune âge, il est en train de modifier grand nombre de nos habitudes économiques et sociales, jouant très souvent un rôle de catalyseur pour les comportements du monde physique réel. Les problèmes éthiques naissent justement de ces nouvelles questions complexes, nées avec la technologie et pour lesquelles nos sociétés n’ont encore aucun point de repère. Nous avons cependant remarqué l’émergence d’une pseudo-démocratie participative sur le net, témoin du rôle croissant que prend le besoin d’un nettoyage éthique de la toile.
Le temps permettra de forger nos valeurs morales, tandis que de nouveaux modèles économiques permettront de tirer profit des capacités de cette nouvelle génération de services participatifs. Et, dès lors que, des lois 2.0 existeront, les problèmes éthiques survoleront déjà les questions complexes du Web 10.0… Mais vraisemblablement, un nettoyage éthique de la toile sera encore et toujours à l’ordre du jour.
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